

Pour Ezra Heywood aucun pouvoir n’est légitime sans le consentement explicite de la personne gouvernée. En appliquant ce principe aux femmes, il révèle le caractère fondamentalement injuste et contradictoire des régimes se prétendant libres ou démocratiques.
Heywood démontre que la subordination des femmes n’est pas un simple retard historique ou une anomalie corrigible à la marge, mais une structure essentielle de l’État et du patriarcat. Gouverner les femmes sans leur consentement revient, selon lui, à nier leur statut de personnes morales et politiques. Cette domination est d’autant plus perverse qu’elle est justifiée au nom de la protection, de la moralité ou de l’ordre social, masquant ainsi une violence institutionnelle profondément enracinée.
Il établit un parallèle direct entre l’esclavage, la conscription et la soumission des femmes, montrant que ces pratiques reposent toutes sur le même déni du consentement individuel. L’émancipation des femmes ne peut donc être séparée de l’abolition plus large de l’autorité imposée et des lois morales coercitives.
Il s’attaque également au mariage tel qu’il est défini par la loi, qu’il décrit comme une forme de servitude civile et sexuelle. Le mariage légal, loin d’être un contrat libre, institue une relation de pouvoir dans laquelle la femme perd le contrôle de son corps, de son travail et de ses choix reproductifs. Cette critique place ce livre parmi les textes fondateurs du féminisme et du concept de l’ amour libre, car il défend une vision de la liberté fondée sur l’autonomie corporelle, la liberté sexuelle et la responsabilité individuelle. Il affirme que les relations humaines, qu’elles soient politiques, économiques ou intimes, ne peuvent être justes que si elles sont volontaires, égalitaires et révocables.


Ezra Heywood
Ezra Heywood (1829 - 1893) est un anarchiste individualiste américain, partisan de l'amour libre, du féminisme et de l'abolition de l'esclavage. Il fut condamné à deux reprises à deux ans de travaux forcés. La première fois, en 1878, le 20 décembre, il fut gracié par le président des États-Unis, la seconde il effectua la presque totalité de sa peine. Lui et son épouse passèrent leurs vies à défendre l'idée que la liberté individuelle devait être élargie et défendue contre la force coercitive de l'État et des lois qui soumettaient les femmes, les esclaves africains et les Indiens d’Amérique.
