

Josiah Warren prolonge et radicalise ici sa pensée en proposant une définition entièrement nouvelle de ce que pourrait être une civilisation authentique. Contre l’idée dominante selon laquelle la civilisation serait synonyme d’État, de lois, d’institutions et de hiérarchies, Warren affirme une thèse dérangeante : les sociétés dites civilisées sont en réalité fondées sur la contrainte, la domination et la négation de l’individu.
Pour Warren, la « vraie civilisation » ne peut exister que là où chaque individu est pleinement souverain de sa personne, de son temps, de son travail et de ses relations. Toute autorité imposée — qu’elle soit politique, religieuse, économique ou morale — est considérée comme une forme de violence structurelle, incompatible avec une société juste. L’État, loin d’être un garant de l’ordre, apparaît comme un mécanisme de spoliation, de normalisation et de conflit permanent. Il développe ici une critique implacable du gouvernement, de la loi, de la majorité, et même des formes de socialisme autoritaire. Warren rejette toute idée de réforme collective imposée, affirmant que l’harmonie sociale ne peut naître que de l’indépendance individuelle, et non de la soumission à une volonté générale abstraite.
À la place, il propose une vision radicalement décentralisée de la société : des individus autonomes, interagissant librement, formant des associations volontaires, révocables à tout moment, sans contrainte ni coercition. La civilisation véritable est ainsi conçue non comme un système, mais comme un équilibre dynamique entre des libertés individuelles pleinement respectées.
Ce texte est aussi une mise en garde contre les illusions progressistes : l’accumulation de lois, de technologies ou d’institutions n’est pas un signe de progrès moral. Au contraire, plus une société multiplie les mécanismes de contrôle, plus elle s’éloigne de la véritable civilisation.
PREMIÈRE TRADUCTION FRANÇAISE


Josiah Warren
Josiah Warren (1798-1874) est inventeur, musicien, et écrivain américain, généralement considéré comme étant le premier anarchiste américain. Le périodique qu'il dirige en 1833, The « Peaceful Revolutionist » (Le révolutionnaire paisible), est l'un des tout premiers périodiques libertaires. Il tente de réaliser ses théories dans un « magasin d'approvisionnement en travail pour le travail » : « Time Store » de Cincinnati (1828-1829), puis dans ses « colonies » fondées sur le mutuellisme, incluant « Utopia » dans l'Ohio (1833) et « Modem Times » sur Long Island, en 1851. Il est considéré comme l'un des précurseurs du système d'échange local.
